Yesss, le féminisme avec 3 S.

Il y a peu, suite à la publication d’une amie sur Facebook (merci Pascale!), je suis tombé par enchaînement de liens sur un podcast qui m’a intrigué. Comme j’ai, depuis la grève des femmes du 14 juin, réactivé quelque peu ma conscience féministe, j’ai eu envie de voir — ou plutôt d’écouter — ce que c’était.

Le titre de ce podcast est: YESSS (avec trois S).

(liens en fin d’article)

 

Tout d’abord, en découvrant le sous-titre (Un podcast de warriors), j’ai craint un peu, n’étant personnellement pas très à l’aise avec le concept de guerrier·ère. Mais je suis tombé sur cette phrase:

“Tous les mois, on récoltera des témoignages de meufs qui ont triomphé sur le sexisme : celles qui répliquent, qui recadrent, qui claquent et qui résistent.”

– Ah? me suis-je dit car j’ai le sens de la formule brève et efficace. Alors j’en ai téléchargé un, je l’ai écouté, puis un deuxième, un troisième… et finalement je me suis écouté les 13 épisodes de la saison 1 en me régalant!

Alors je n’aime pas tout, hein. Tu connais ma faculté de m’enthousiasmer et de donner parfois l’impression de louer sans réserve, de ne pas voir les failles, de taire les défauts… n’empêche: s’il est vrai qu’il y a dans le ton et le vocabulaire certaines choses qui peuvent m’agacer un peu, ça n’est jamais qu’une question de forme, probablement liée à des différences de culture, d’âge, de genre… Et s’il y a parfois des mots qui me font sursauter, des positions avec lesquelles je ne suis pas entièrement d’accord, ben… quoi de plus normal! Mais ce qui est sûr, c’est que de manière générale, je trouve ce podcast remarquable de pertinence, de justesse de ton et d’attitude.

Mais alors, me diras-tu, quoi t’est-ce c’est que donc?

Et bien voilà, te répondrai-je, dès que tu auras fini de m’interrompre:

Elsa Miské, Margaïd Quioc et Anaïs Bourdet ont créé ce podcast afin de proposer un espace de partage pour les femmes qui ont remporté des victoires sur le sexisme. C’est-à-dire: de femmes qui ont subi du harcèlement sexiste, des menaces, voire des (tentatives de) violences sexuelles, et qui sont parvenues à ne pas en être les victimes. Ou alors, simplement, qui ont réagi à un propos sexiste tenu dans un groupe et qui ne leur était pas personnellement destiné, mais qu’elles ont décidé de ne pas (ou plus) laisser passer.

Et même si le sous-titre du podcast utilise le mot de warriors, l’écrasante majorité de ces victoires sont obtenues de façon non-violente. “Victoires” ne signifie pas forcément que “l’ennemi” a fait machine arrière en s’excusant, mais simplement que la menace a été écartée, que les injures ont cessé, ou simplement que la victime est parvenue à s’en aller pour continuer, par exemple, à passer une bonne soirée sans dommage. Enfin… sans dommage majeur, parce que des dommages il y en a forcément, du moment qu’il y a eu agression. Faut pas déconner.

Il y a aussi des victoires très profondes, “durables” pourrait-on dire, lorsque le harceleur reconnaît avoir pris conscience de son attitude et promis d’en changer. C’est rare, mais cela arrive. Je dis bravo.

Certains de ces témoignages m’ont même fait sourire, voire rire. Malgré la violence (verbale, gestuelle, physique) des attaques, les réponses sont des trésors d’imaginations, de créativité, voire d’humour. Mesdames, j’ai énormément de respect pour vous.

Il y a bien sûr le récit de ce qu’elles ont subi, et là, je n’ai pas rigolé. Mais alors pas du tout. C’est parfois très résumé, car les témoignages sont préenregistrés et ce qui est diffusé est un montage qui met l’accent sur la victoire plutôt que sur les détails sordides de l’agression. Et c’est dans la présentation du témoignage que les animatrices du podcast décrivent rapidement l’agression et le contexte.

Ce qui m’a immédiatement plu dans ce podcast: il est résolument tourné vers les réponses possibles, vers des pistes qui permettent d’avancer ou simplement de se défendre, vers la démonstration d’une réalité dont il faudra bien que notre société prenne acte, à savoir que la féminité est aussi un sexe fort! Yesss she is!

Par ailleurs, chaque émission est l’occasion de présenter des associations, des sites, des ouvrages, des moyens de résister, autant d’outils que ces femmes proposent à leurs auditrices et auditeurs pour faire avancer le schmilblick dans la bonne direction.

Yesss est donc bien une entreprise constructive. Je dirais même collaborative, puisque Elsa, Anaïs et Margaïd s’adressent clairement aussi aux hommes. C’est un féminisme combatif, oui, et clairement annoncé comme tel (“Un podcast de warriors“). Mais l’ennemi est bien le sexisme, et non les hommes. D’ailleurs, si tu relis la phrase de présentation que j’ai citée au début, il y est bien question de “témoignages de meufs qui ont triomphé sur le sexisme” et non sur les hommes. Même pas sur les sexistes, ce que j’aurais pu accepter. C’est le genre de nuance sémantique qui me semble très importante, et qui fait toute la différence; un exemple de ce que j’appelle plus haut “justesse de ton et d’attitude”.

Pourtant, lorsque je lis certains récits de femmes victimes de harcèlement, j’en ai la chair de poule.

Une de ces trois podcasteuses, Anaïs Bourdet, avait ouvert en 2012 un site (“Paye ta shnek“) sur lequel les femmes victimes de harcèlement de rue pouvaient venir partager les insultes et autres menaces dont elles avaient été l’objet. Et en 2019, épuisée par la réception de tous ces témoignages, par l’énorme travail de modération nécessaire à en maintenir la tenue et par le cyberharcèlement dont elle est elle-même devenue la cible en raison de son action, Anaïs Bourdet a décidé de fermer le site. Il est toujours disponible en consultation (ici), mais il n’est plus possible d’y poster de nouveaux témoignages.

J’avais bien sûr connaissance de ce phénomène de harcèlement de rue, mais en parcourant les pages de ce site, j’ai été atterré de voir la dégueulasserie dans laquelle nous, les hommes, sommes parfois capables de tomber. J’en suis affligé, et profondément attristé. J’avoue que je ne m’attendais pas à tant d’abomination; je reconnais que l’ampleur du phénomène m’a surpris. Peut-être que celui-ci est un peu moins développé en Suisse qu’en France? Ô Toikimeli, si tu le souhaites, n’hésite pas à témoigner via les commentaires à ce billet, ou par message privé si tu le préfères.

La première question qui m’est venue en réalisant l’ampleur du phénomène, c’est celle-ci: mais qu’a-t-il bien pu se passer dans la vie de ces hommes pour qu’ils en soient arrivés là? Et puis, en discutant avec ma femme, j’ai réalisé que cette question était très réductrice. Car si le problème est individuel, il est d’abord et avant tout sociétal. En effet, quelle société avons-nous construite qui permette, voire produise de telles indignités?

Alors oui, il faut continuer à dénoncer, à sensibiliser, à mettre en lumière certains comportements ou langages, dont certains paraissent aux yeux de beaucoup comme étant “d’innocentes plaisanteries”; il faut absolument ne pas laisser notre culture sociale se pourrir de l’intérieur.

À ce combat nous sommes toutes et tous invité·es. Dans ce sens, je trouve particulièrement salutaire la démarche de ces trois femmes et de leur podcast.

Mesdames, je vous embrassse… avec trois s!

 

Elsa Miské, Margaïd Quioc et Anaïs Bourdet, l’équipe de Yesss
(image de leur site)


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(Bon. Là, si tu trouves pas, c’est pas de ma faute!)

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