Optimisme ?

Il me semble que la situation actuelle est une excellente occasion de me reposer la question de l’optimisme.

Parce que franchement, en ce moment, je ne suis pas très optimiste, au sens habituel du terme :

  • je ne suis pas du tout certain que nous allions vers le mieux ;
  • même si j’ai une farouche volonté de ne pas sombrer dans le désespoir, j’ai du mal à imaginer que l’après Covid-19 vaudra beaucoup mieux que l’avant ;
  • d’une manière générale, cela fait quelques temps que j’ai de plus en plus de mal à ne pas voir l’avenir en sombre.

Oui, moi qui me suis souvent targué d’être de nature optimiste —avec il est vrai des phases de déprime plus ou moins marquées, je dois reconnaître que j’ai de plus en plus de mal à l’être.

Si être optimiste c’est penser que « ça va bien se passer », alors non, je ne le suis plus.

Si être optimiste c’est garder confiance en l’humanité, j’ai comme une hésitation.

Si être optimiste c’est se persuader que nous vivons une période de transition qui débouchera sur un mieux, je veux bien ; mais je suis convaincu que le prix, très élevé, sera surtout payé par des gens qui n’y sont pour rien, éternelles victimes d’un monde qui les sacrifiera sur l’autel de…  quel autel, au juste ? Et d’ailleurs, est-ce un autel ou un abattoir ?

~ ~ ~

Pourtant, ce mot, optimisme, j’y suis attaché.

Mes lectures et réflexions dans le domaine de la psychologie positive me renforcent dans l’idée que l’optimisme est notre seule option, notre seule issue possible, notre seul salut.

Je sursaute en relisant ce que je viens d’écrire. Pas toi ?

Cela correspond pourtant à quelque chose en moi. Mais quoi ?

Je viens de retrouver, dans mes notes, une phrase qui semble répondre à cette interrogation. J’ignore d’où elle vient. Je pense que s’il s’agissait d’une chose lue ou entendue, j’en aurais noté la source.  Mais non, c’est juste une idée comme ça, notée au vol sur un carnet :

« Être optimiste, c’est chercher résolument à optimiser la situation. »

Je ne sais d’où m’est venue cette phrase, mais elle me plaît bien.

Elle dit bien combien l’optimisme doit être non une attitude béate, passivement confiante, mais bien une force active, une sorte d’engagement à faire — à ma mesure — ce que je peux pour que quelque chose de positif puisse émerger de la situation.

Je me rappelle cette phrase de Jacques Higelin, tirée de sa Symphonie des droits de l’Homme :

Pour que lorsque t’arrivera le pire,
Tu puisses en tirer le meilleur.

~ ~ ~

Optimiser.

Faire ce que je peux pour que, dans la réalité qui m’est imposée par les circonstances, je puisse conserver la liberté de choisir l’option qui me fait avancer, dans un esprit constructif et solidaire.

Et tiens, ça me fait penser : j’ai rendez-vous demain chez mon opti…cien, pour me faire faire de nouvelles lunettes, ma vue ayant quelque peu baissé. Cela me donnera — j’espère — un regard plus juste, moins trouble, moins fatigant pour mes yeux, me permettant de mieux discerner ce qui, dans ma réalité, peut être utilisé pour faire avancer le schmilblick,

Ainsi pourrai-je peut être redevenir optimiste, à savoir orienté vers ce que je peux faire (et être) pour optimiser ce qui peut l’être.

Vitrine de la Lunetterie des Rois à Genève,
décorée en 2013 par Bernadette Python-Eckert

10 réflexions sur “Optimisme ?”

  1. J’ai toujours préféré positif à optimisme. Va savoir pourquoi, je ne me reconnais pas dans la tendance un peu naïve que je décèle peut-être à tort dans l’optimisme. A l’inverse, j’aime bien la dimension un peu volontariste du positif, qui est une énergie de recherche à mon sens. Comme si l’optimisme était un état, et le positivisme une action…

    Bref, dans tous les cas, je me retrouve dans ton interrogation du moment, car je dois me contenir pour ne pas tomber dans la colère furieuse, tant d’attitude, de propos, et de situations me révolte. Habituellement cette révolte est pour moi un moteur de motivation. Là, c’est plutôt le contraire…

    Bon, je dois dire aussi qu’à près de 45 ans, j’ai également quelques interrogations personnelles sur ce que j’ai fait de ma vie et ce que j’ai envie d’en faire…

    Et je te souhaite de trouver la bonne paire qui remplira son rôle de correction de manière idéale, tout en y ajoutant la dimension esthétique pour avoir également un sentiment subjectif de joie d’avoir un objet qui nous plaise (surtout qu’il est bien visible pour les autres, donc autant avoir du plaisir à l’assumer!)

    1. Effectivement, l’optimisme peut être teinté de cette naïveté. Mais depuis que l’on parle de psychologie positive, j’ai déjà entendu souvent le même reproche. Donc au final il me semble que, quel que soit le mot qu’on utilise, on n’est pas à l’abri de cette déformation.

      Et justement, en disant que l’optimiste est celui qui optimise la situation, on s’affranchit — me semble-t-il — de cet aspect naïvement passif pour exprimer cette position d’actif.

      Ceci dit, c’est marrant : moi c’est le mot « volontarisme » qui me hérisse ! Comme quoi, chacun sa sensibilité !

  2. Nadia Guillet

    Ta réflexion Dominique trouve un écho en moi qui n’ai pas l’habitude de glisser dans la déprime! Mais cette dernière période m’a fait osciller entre cet état et la colère. Alors je prends mon violon, m’immerge dans Bach et retrouve une forme de sérénité “positive et optimiste” active et non béate!
    Merci pour ton “billet” que je lis toujours avec plaisir et intérêt.

    1. Ah ben voilà! La prochaine fois que je déprime, je te téléphonerai et tu me joueras une page de ce cher Jean-Seb‘ !
      Ou alors plus simplement, sans te déranger mais en pensant à toi, je m’écouterai ses Sonates et Partitas avec un bon whisky!

      1. Nadia Guillet

        Ce serait du plaisir de t’avoir au bout du fil mais franchement, la Chaconne jouée par un “vrai” violoniste et, de plus, en dégustant un bon Whisky, c’est le paradis!
        A vrai dire j’aime aussi le Whisky, mais jamais bu en écoutant Bach, tu me donnes envie d’essayer!!!

      2. C’est marrant: dès qu’on parle des Sonates et Partitas de Bach, on pense à la Chaconne ! Perso y a plein d’autres mouvements qui me font autant d’effet !

      3. La Chaconne, d’accord, avec un verre de rouge. Mais sans la jouer alors. J’ai déjà de la peine à le faire sans tenir le verre, alors si on ajoute cette difficulté…:-)
        Par contre, à écouter dans ces conditions, le bonheur.

      4. Ah ben oui, forcément, soit on écoute soit on joue !
        Encore que je me souviens avoir entendu dire du claveciniste Scott Ross que, lorsqu’il était en difficulté dans le travail d’une œuvre, il posait sur son clavecin un verre de whisky, il allumait un cigare, se positionnait trois-quart de profil et croisait les jambes. Ça lui permettait d’envisager une nouvelle approche ! Et il pouvait même travailler un passage d’une main et tenir son verre et son cigare de l’autre, ce qui est certainement plus difficile au violon !

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