Cinq pour cent

Sans aucune volonté de minimiser la gravité de la pandémie que nous traversons, ni la légitimité des inquiétudes, peurs et angoisses qui habitent un grand nombre d’entre nous, et dans la conscience du caractère privilégié de ma situation, j’ai la brusque envie de savourer la (très petite) moitié pleine du verre.


Aujourd’hui, en allant faire les courses de la semaine, j’ai goûté le silence.

C’était l’après-midi d’un jour ouvrable, et pourtant ma ville, ou plutôt mon quartier me paraissait agréable. La circulation, d’habitude assez dense à cette heure-là, était tout à fait supportable. Il en résultait un niveau sonore global bien moindre qu’à l’accoutumée. Je dirais même plus : par contraste, un certain silence.

J’ai également eu le sentiment que je respirais mieux.

D’ailleurs, depuis quelques jours, lorsque j’ouvre la fenêtre pour fermer les volets avant de me coucher, je suis agréablement surpris par les odeurs de nature que je hume. (Pourtant, les rares arbres autour de mon immeuble commencent à peine à déployer leur feuilles.) Et du coup, je reste un moment à me régaler de cet air frais avant de tirer les volets.

Ces moments me rappellent confusément (toute proportion gardée) ces soirs où, lorsque nous étions dans la maison de mes beaux-parents pour le week-end ou des vacances, je savourais les effluves campagnardes de la nuit au moment de fermer les volets de notre chambre.

Alors, cet après-midi, en faisant mes courses, je me suis dit que, toute préoccupante que soit la situation actuelle, il n’était pas interdit de jouir des bénéfices collatéraux.

Le silence et le bon air.

Même si l’on est encore loin de ce qu’on trouve à la montagne, il n’en demeure pas moins que les déplacements en ville (dans mon quartier !) se font dans des conditions très différentes de celles que l’on rencontre généralement en localité.

Lorsque je croise quelqu’un, habituellement, on se regarde à peine. Aujourd’hui, on ne se regarde pas davantage, mais l’on s’évite soigneusement. Et tu sais quoi ? Il me plaît de voir, dans cet évitement, un signal positif. Certes moins agréable qu’une salutation ou un sourire, mais tout de même une forme de délicatesse qui me fait plaisir.

Alors même si le verre est à 95% vide (ma conviction est qu’il ne l’est jamais totalement), je revendique le droit de jouir de ces 5% de « plénitude ».

Ainsi ressourcé, je puis ensuite faire acte de solidarité avec de moins chanceux que moi, en leur apportant aide et soutien, dans les limites de mes possibilités… et dans le respect des consignes de sécurité !

 

8 réflexions sur “Cinq pour cent”

  1. Humbert-schaffner

    merci Dom je partage à 100% tes constatations et touts ce petits/grands plaisirs silence air..nature qui vit et s’exprime. privilégiée je soutiens qui je peux et je reste positive…la nature a choisi son chemin pour freiner la folie dans hommes. et pen pensées avec celles et ceux qui doivent travailler encore plus,en étant mal payés et mal protégés..il faudra s’en souvenir le moment venu.
    cordialement Monique et Philippe vont bien!

    1. Merci Monique!

      Oui, “la nature a choisi son chemin pour freiner la folie dans hommes.” Encore faut-il espérer que ceux-ci retiendront la leçon.

      Un espoir: parmi les “hommes”, il y a un nombre croissant de femmes qui prennent leur place!

  2. Même la lecture de votre blog est un air frais au milieu de tous ces écrits apocalyptique qui nous accable dès que l’on se connecte. Encore merci.
    D’accord on n’est pas le 3 comme prévu, mais le temps se prête à l’improvisation.

  3. Merci Jean-Claude!
    Pour la date, c’est une fausse manip. Je voulais le programmer pour le 3, mais j’ai cliqué sur « publier » par erreur. Comme il était terminé, j’ai laissé.
    Je vois que tu es très attentif à la date de sortie de mes billets! C’est pas la première fois que tu signales quand je suis en avance!
    (Et après on se moque de la précision maniaque des Suisses! 🤣)

  4. Je suis bien d’accord pour le calme fort agréable. Je mène pour ma part une petite guérilla. Je l’ai débutée il y a déjà quelques année pendant mes footings. Quand le nombre de personnes dans un espace donné est suffisamment petit (forêt, quartier de villas, etc): je dis bonjours aux personnes que je croise. Pas simple, certain.e.s préfèrent parler à leurs chiens, d’autres sont effrayé.e.s… Ces dernières semaines, j’ai étendu mon domaine de la lutte: je dis bonjour aussi dans mon quartier, sur le chemin de la Migros. Miracle: tout le monde répond. Si un.e. ou deux font deux pas de côté pour éviter mes postillons (pourtant je tiens la distance), la plupart répondent et sourient…

    1. Merci Mirou !

      J’aime bien dire bonjour ou sourire (si pas de masque !) aux gens que je croise, mais je n’en fais pas une guérilla ni une lutte ! Trop fatigant.

      Je préfère proposer mon salut ou mon sourire en laissant l’autre libre d’y répondre ou pas. J’ignore généralement ce qu’il ou elle est en train de vivre. Moi-même, j’ai parfois besoin de rester dans ma bulle.

      Petite question : pourquoi n’utilises-tu pas le point médian (·) ? Perso, je le préfère au point, je trouve que ça facilite un peu la lecture.

      1. Moi je trouve bizarre d’être dans un endroit où il n’y a que deux humain.e.s et que ceux-ci ou celles-ci ne notent même pas la présence de l’autre (dans ma cours d’immeuble, par exemple. Pire: ça m’est arrivé dans des cages d’escaliers…). Je suis un sauvage, mais parfois, ça me heurte… Cela dit, tu as raison, je ne lance pas la première pierre, et des fois, c’est moi qui, dans ma bulle, me fait surprendre par un bonjour inopiné 🙂

        J’utilise le point médian dans tout ce qui est « institutionnel », et quand je suis sur mon ordinateur. Là, je suis sur iOs, et le point médian n’en est pas un, c’est plutôt un gros point noir trop visible à mon goût.. Le point « tout court » n’est pas la panacée, mais je le trouve suffisamment vite fait et facile, tout en faisant ce qu’on lui demande: démontrer l’inclusivité.

      2. C’est vrai que, quand on est que deux, dans la nature par exemple, c’est rare que je ne salue pas. Quant à la cage d’escaliers, il ne m’était même pas venu à l’idée qu’il fût possible de s’ignorer!

        Etant donné le confinement, j’avais imaginé que tu étais sur ordi. Alors effectivement, je suis d’accord. Le « • » est peu esthétique et comme toi, j’utilise le « . » ; on pourrait faire une pétition pour le le « · » soit ajouté et accessible sur les claviers de nos smartphones!

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