Tirer sur le fil

Tu vois ce petit fil, là ?

Oui, celui-ci.

Tire sur ce fil.

C’est facile.

C’est léger, un fil ; surtout celui-ci, tout fin…

Et au bout d’un moment, tu constateras que ce fil, au bout, il y a un nœud par lequel il est attaché à l’extrémité d’une ficelle.

Une petite ficelle, légère elle aussi, quoi que sensiblement plus épaisse, plus robuste que le fil. Mais celui-ci n’aura eu aucune difficulté à te permettre de soulever facilement le bout de celle-là.

Alors tu tireras sur la ficelle, qui viendra, sans résister.

Vas-y.

Voilà la ficelle.

Continue…

Et, au bout de la ficelle, tu découvres une corde. Une belle corde, bien solide.

Oh, à première vue pas si épaisse que ça, hein… Moi-même je m’étonne souvent que les alpinistes puissent se sentir en sécurité, pendus au bout d’une telle corde. Mais bon.

Force m’est de reconnaître que l’alpiniste a raison, qui connaît son matériel et lui fait confiance…

Alors go ! Tire sur la corde.

Tiens, voilà une chaîne, maintenant.

Plus lourde que la corde, mais plus solide aussi. Ça n’est pas une chaînette, non, une bonne grosse chaîne, qui demande un peu d’énergie pour être soulevée. Mais avec l’exercice que tu fais depuis quelques minutes, tes muscles sont chauds et tu parviens à tirer sur la chaîne sans trop de difficultés.

Je dirais même plus : dans la mesure où tu adoptes une position adéquate, ce mouvement répétitif, synchronisé avec ta respiration, te procure une certaine satisfaction, celle de sentir ton corps qui fonctionne, tes articulations qui glissent sans accrocs ; satisfaction de savoir qu’au bout de la chaîne il y a…

~ ~ ~ 

Ô Toikimeli, tu te demandes ce qu’il y a, au bout de la chaîne. Et tu te dis qu’il y aura peut-être un câble de téléphérique…

Peu importe.

Car tout ceci n’est finalement — peut-être me voyais-tu venir — qu’une image. Une sorte d’allégorie que je me raconte, au réveil, au moment de repousser la couette pour me lever.

Parce que, le matin, ce geste, simple et facile, porte déjà en lui le poids de tout ce que je vais faire dans la journée : prendre ma douche, m’habiller, faire des courses, les repas, les vaisselles, mon heure de marche quotidienne, la rédaction d’un billet pour mon blog, le rangement de mon bureau, des téléphones, des mails, des problèmes informatiques à résoudre, prendre soin de mon corps qui vieillit lentement, être présent et attentif aux personnes que je rencontrerai (à commencer par celle avec qui je vis), décider, faire des choix, renoncer à certaines choses, en imaginer de nouvelles… 

Or, dans mon lit, à ce moment précis, je n’ai pas l’énergie nécessaire pour faire tout ça.

Un peu comme si le mince fil était directement rattaché au câble de téléphérique. Alors forcément : là, si je tire sur le fil, il pète… et je me recouche !

L’exercice consiste donc à empoigner ce petit fil sans penser au téléphérique, à repousser la couette sans penser à la douche ou à l’aspirateur.

~ ~ ~

Et attends ! Ce qu’il y a de plus marrant dans cette histoire, c’est ça : lorsque je suis enfin parvenu à me lever, une fois que j’ai mis mes pantoufles, que je me mets en mouvement, sais-tu quelle est la première chose que je fais ?

Je vais lâcher un fil !

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