L’agression

C’était le soir. Je rentrais à la maison, marchant d’un pas énergique afin de conjurer le froid qui traversait mon épiderme insuffisamment protégé, la faute à un optimisme météorologique dont j’assume l’entière responsabilité. Par ailleurs, il était tard, il faisait sombre, l’idée de flâner ne m’avait pas effleuré, contrairement à certaines rentrées tardives et estivales.

J’étais en train de penser à un ami dont j’attendais des nouvelles qui tardaient à venir. Je lui avais envoyé un document qu’il devait vérifier. C’est un gars sérieux, qui n’a pas pour habitude de laisser traîner les choses. Lors, son silence m’intriguait.

C’est là que, subitement, l’agression a eu lieu.

J’avais bien le confus sentiment d’être suivi, mais sans plus. Cette impression m’avait d’ailleurs effleuré à plusieurs reprises les jours précédents, de manière furtive, mais je n’avais jamais pris le temps de la vérifier. Et là, soudainement, cette perception se précisa d’un coup: sans crier gare, sauvagement, un Doute m’assailli. En me trouant la peau de sa lame tranchante, il me hurla à l’oreille:

“Eh, Ducon, t’es sûr que tu le lui as envoyé, ce document?”

Et, tout en tournant le couteau dans la plaie, il insistait:

Pasque ça serait pas la première fois que tu oublies un truc, non? Si ça se trouve, tu le lui a simplement pas envoyé, ce document. Et c’est justement lui, l’ami, qui l’attend, ce document. Hein? Eh, Ducon, j’te cause!!! Tu m’écoute?

TA GUEUUULE!” lui répondis-je en croyant bien faire.

Mais j’avais beau me débattre, il répétait en boucle:

“T’es vraiment sûr que tu le lui as envoyé, ce document? Hein? T’es vraiment sûr?

Puis, une fois qu’il fût bien certain que la blessure n’aurait pas le temps de cicatriser avant que je sois rentré (oui parce que chez moi, ce genre de plaie cicatrise vite!), il retira son couteau de mon amour propre sanguignolant, le rengaina, et me suivit de près, de très près, sans plus me quitter, afin d’être bien sûr que son intervention porterait ses fruits.

Une fois rentré, je me jetai sur mon ordinateur et – malgré une recherche appliquée – je me rendis à l’évidence: il n’y avait aucune trace d’un envoi quelconque dudit document à mon ami.

Je me dépêchai de le lui envoyer.

Comme par magie, l’évidence avait dissipé le Doute, qui s’évanouit avec la satisfaction du devoir accompli, non sans manifester sa satisfaction par l’émission d’un rire sardonique, avec option regard en coin, mais appuyé.

Ma blessure cicatrisa aussitôt.

Mais ça fait encore un peu mal.

15 réflexions sur “L’agression”

    1. Merci Chantal!
      Mais il est très vivement déconseillé d’indiquer des coordonnées privées dans un commentaire. Je me suis donc permis de supprimer ton no de téléphone.
      Au plaisir !

  1. Bonjour Dom, je ne fais que venir pour la première fois, il y en aura d’autres, sans doute (avec la minuscule, celui-ci).

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