Hubert et le cheval

Inspiré d’une histoire vraie

Hubert, la soixantaine, monte à cheval depuis longtemps. Il n’en possède personnellement pas un, mais il chevauche toujours le même, dans un manège proche de chez lui. Et depuis le temps, une certaine complicité s’est installée entre l’homme et l’animal, entre la personne humaine et la personne équestre.

Ce jour-là, Hubert se rend au manège pour faire un tour avec son pote à quatre pattes, comme il le fait souvent. Mais ce jour-là, ça n’est pas un jour comme les autres.

Quelque chose s’est produit récemment, qui fait que le Hubert d’aujourd’hui n’est pas tout à fait le même que celui que le cheval a l’habitude de porter sur son dos.

Il arrive au manège, se rend dans le box de son copain, et, avant de faire ce qu’il fait toujours (l’équiper, le sortir du box, le chevaucher), Hubert s’arrête un moment en face de l’animal, les yeux dans les yeux.

Après un moment de silence, il prend une grande respiration et parle:

Bonjour, Cheval.

Tu sais, il faut que je te prévienne.
Aujourd’hui, je ne serai pas tout à fait comme d’habitude.

Et je sais que tu me connais,
que tu me «sens»,
que tu me devines avec une justesse qui me touche.

Alors voilà:

J’ai perdu mon papa cette semaine,
et je suis triste, profondément triste.

J’ai pensé qu’une balade avec toi me ferait du bien.

Parce que
dans ces moments-là,
il est bon de n’être pas seul.

Il est bon de pouvoir être auprès de quelqu’un
qui nous comprend,
qui nous tient compagnie
sans chercher à nous «consoler»,
mais qui nous accompagne
silencieusement
dans notre épreuve.

Quelqu’un qui est juste là,
simplement,
et dont la seule présence chaleureuse nous fait du bien.

J’ai donc pensé à toi, Cheval

Je suis triste,
et je ne serai certainement pas comme d’habitude.

Je sais que tu le sentiras.

Je ne voulais donc pas te monter sans t’informer de cela,
parce que tu as le droit de savoir pourquoi,
le droit de savoir que ça n’est pas de ta faute si je suis différent.

Mais je te demande d’être sympa avec moi, aujourd’hui.

Voilà.

Après avoir parlé, Hubert se tient encore un petit moment en face du cheval, en pleurant doucement.

Il pleure debout.

Il pleure parce qu’il est triste, mais debout parce qu’il veut rester vivant. Et c’est pour ça qu’il est là, avec le cheval, plutôt que d’être au fond de son canapé, à gémir sur lui-même.

C’est alors que, doucement, le cheval s’avance vers Hubert, et dépose délicatement la tête sur son épaule.

Œuvre de Luc Tiercy
lors de l’exposition Les pierres qui s’aiment

1 réflexion sur “Hubert et le cheval”

  1. Dominique Python

    Précision:
    Un fidèle lecteur vient de m’envoyer un message me présentant ses condoléances, parce qu’il a cru que je racontais pudiquement quelque chose qui m’est arrivé à moi.
    Donc non, je ne suis pas en deuil, et cette histoire est arrivée il y a plusieurs années à quelqu’un que je connaissais (dont le prénom n’est pas Hubert). Et cela fait longtemps que j’avais envie, Toikimeli, de te la raconter.

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