Quand les mots sont trahis par nos pensées

En relisant mon précédent billet, j’ai tout à coup eu l’impression que j’avais besoin de prolonger la réflexion par un troisième volet. Et puis il m’est apparu que cette question de vocabulaire est finalement beaucoup plus large que le seul domaine du handicap. C’est pourquoi, plutôt que de lui attribuer un numéro trois, je lui ai donné un titre propre, même si ce billet rebondit clairement sur les deux précédents…

Handicap (2/2)

Dans mon précédent billet, j’ai évoqué le cheminement qui m’a fait cesser de dire “un·e handicapé·e” pour dire “une personne handicapée” (et pourquoi je rechigne à utiliser l’expression “personne en situation de handicap”).

Dans celui-ci, je vais faire un pas de plus et t’expliquer pourquoi j’ai à présent envie de dire simplement “une personne”.

Handicap (1/2)

J’ai très tôt été en contact avec le handicap.

D’une part, j’avais un cousin qui était «infirme moteur cérébral». Il vivait à Fribourg et je ne le voyais pas très souvent, mais régulièrement puisque son père (un frère de maman) était également mon parrain de baptême, et que je m’entendais bien avec ses deux sœurs, dont une avait le même âge que moi. On a passé plusieurs fois des bouts de vacances ensemble.

Mais ça n’est pas le sujet.

J’arrête de falloir

Il y a … trois ans (déjà!), j’ai partagé avec toi une réflexion sur le verbe falloir. Le titre de mon billet était: “Mais pourquoi faut-il toujours qu’il faille falloir?” (lien) Je prenais la résolution suivante (citation): Cet après-midi, il fait beau. D’aucuns prétendraient sans vergogne que, avec un temps pareil, il faut sortir. Eh ben moi non. Je dis: je faus sortir. Je ne veux pas sortir pour une autre raison que parce que je le décide. Na. Et si le verbe falloir fait de la résistance, si l’Académie française veut m’empêcher de falloir, si mon correcteur orthographique me chie une pendule, si toi qui me lis tu trouves que j’exagère, et bien tant pis. Je faudrai chaque fois que je voudrai. Dernièrement, j’ai eu envie de faire un pas supplémentaire. Je t’explique:

Mais pourquoi faut-il toujours qu’il faille falloir?

Falloir. C’est quoi ce verbe qui ne se conjugue qu’à la troisième personne? Bon. Si tu me connais, tu sais que j’aime bien le chiffre trois. Et alors? trois c’est trois, c’est pas troisième. Dans trois, il y a bien un, puis deux, et enfin, trois. Alors un verbe refuse de s’accorder à moi, un verbe qui exprime une contrainte, une obligation posée par on ne sait qui et quand à laquelle je n’ai pas mon mot à dire, et bien je ne l’aime pas, moi, ce verbe. Je le prends, ce verbe, je le regarde droit dans les yeux, puis je l’em……brasse et lui demande poliment d’aller voir ailleurs et de m’oublier. Ce verbe, il ne faut pas qu’il… meeeerde! Pourquoi c’est si difficile de s’en débarrasser!

Un langage d’un autre temps

Il y a deux expressions que j’entends encore de temps en temps, trop souvent; et à chaque foi je suis surpris que l’on puisse encore les utiliser aujourd’hui, au XXIe siècle. L’une: “Il lui a fait un enfant.” L’autre: “Elle lui a donné un enfant.” Et voilà que ces deux expressions – qui, pour n’être que des “façons de parler”, témoignent d’une façon de penser qui a la vie dure – ces deux expressions donc, se sont rencontrées dans ma tête. Comme ça, pour rien. Et ça a fait du bruit. Pas beau, le bruit…