Le quadrupède et la danseuse

Lentement, il avance le pied droit. Pendant ce mouvement, je crois déceler dans le regard de cet homme une préoccupation majeure: conserver sa stabilité grâce aux trois autres points d’appui. Le pied droit, donc.  Là, c’est fait. Aussitôt, c’est au tour de la béquille gauche d’avancer. Puis, sans délai, mais sans précipitation, le pied gauche progresse à son tour, suivi immédiatement par la béquille droite. Voilà. Il marque un temps, respire, lève la tête…

J’arrête de falloir

Il y a … trois ans (déjà!), j’ai partagé avec toi une réflexion sur le verbe falloir. Le titre de mon billet était: “Mais pourquoi faut-il toujours qu’il faille falloir?” (lien) Je prenais la résolution suivante (citation): Cet après-midi, il fait beau. D’aucuns prétendraient sans vergogne que, avec un temps pareil, il faut sortir. Eh ben moi non. Je dis: je faus sortir. Je ne veux pas sortir pour une autre raison que parce que je le décide. Na. Et si le verbe falloir fait de la résistance, si l’Académie française veut m’empêcher de falloir, si mon correcteur orthographique me chie une pendule, si toi qui me lis tu trouves que j’exagère, et bien tant pis. Je faudrai chaque fois que je voudrai. Dernièrement, j’ai eu envie de faire un pas supplémentaire. Je t’explique:

Le raidillon

Être au bas d’une montée, raide, glissante, dont je me fais une montagne. Rester là, hésitant, découragé, parce que je sais que la montée va être pénible, et qu’une fois engagé il me faudra aller jusqu’en haut, parce qu’il n’y a pas de palier possible, pas de replat, c’est d’une traite. Et arrivé en haut, il y en aura d’autres, des montées. Découragé peut-être par quelques tentatives malheureuses, par les difficultés ou échecs lors de montées précédentes. Pas envie de me recasser la gueule, de me salir, de me faire mal peut-être Ouais. C’est pas un vrai chemin, hein, c’est une parabole.

Marcher, respirer, lâcher…

On me l’a dit et répété: ne pas respirer avec le haut du torse, mais «descendre» la respiration depuis la poitrine jusque dans le ventre De plus, une certaine vision du corps nous incite à inspirer en bombant le torse et en rentant le ventre; du coup, en expirant, on a tendance à dégonfler le torse et, du coup, relâcher le ventre qui s’affaisse et part en avant. Alors que ce devrait être l’inverse: l’inspir ventral pousse le nombril en avant sans soulever la poitrine et l’expulsion de l’air se fait en rentrant le ventre. Bon. J’ai compris. Mais je n’y arrive pas forcément. Et puis ce matin, j’ai tout à coup découvert quelque chose.

J’aime la nuit du matin

J’aime la nuit. Mais j’en connais deux : celle du soir et celle du matin. Et celle que je préfère, c’est la nuit du matin. Déjà parce qu’elle est plus silencieuse. Et j’aime le silence ; autant que la musique, autant que le son de la voix de ma femme, autant que la chaleureuse présence de mon fils.

Cauchemar

Il fait beau. Oui, tu as bien lu le titre. C’est bien un cauchemar que je suis en train de te raconter. Mais, il est vrai, le début ne le laisse pas présager. Il fait beau, disais-je donc avant d’être grossièrement interrompu par moi-même. Le soleil brille, la température est agréable. Le temps idéal pour une balade.

Du chemin, du but, et du raccourci

Lorsque j’arrive au bout de la passerelle, j’ai deux possibilités: Soit je prends le petit escalier, à gauche, soit j’oblique à droite et je prends le chemin. Par le chemin, on monte très légèrement, sur environ soixante mètres. Puis, à son extrémité, en  faisant un virage en épingle à cheveux et à nouveau une soixantaine de mètres, on rejoint le sommet de l’escalier. Mais la suite est une autre histoire, revenons au bout de la passerelle.

Marcher…

(à lire tranquillement, en respirant profondément…) Marcher… Me taire, poser sans précipitation un pied devant l’autre, avancer pas à pas, au rythme qui est le mien… Oublier la distance qui me sépare du but, juste être là, présent au pas que je suis en train de faire, et préparant du regard le suivant…