Le quadrupède et la danseuse

Lentement, il avance le pied droit. Pendant ce mouvement, je crois déceler dans le regard de cet homme une préoccupation majeure: conserver sa stabilité grâce aux trois autres points d’appui. Le pied droit, donc.  Là, c’est fait. Aussitôt, c’est au tour de la béquille gauche d’avancer. Puis, sans délai, mais sans précipitation, le pied gauche progresse à son tour, suivi immédiatement par la béquille droite. Voilà. Il marque un temps, respire, lève la tête…

Le raidillon

Être au bas d’une montée, raide, glissante, dont je me fais une montagne. Rester là, hésitant, découragé, parce que je sais que la montée va être pénible, et qu’une fois engagé il me faudra aller jusqu’en haut, parce qu’il n’y a pas de palier possible, pas de replat, c’est d’une traite. Et arrivé en haut, il y en aura d’autres, des montées. Découragé peut-être par quelques tentatives malheureuses, par les difficultés ou échecs lors de montées précédentes. Pas envie de me recasser la gueule, de me salir, de me faire mal peut-être Ouais. C’est pas un vrai chemin, hein, c’est une parabole.

Marcher, respirer, lâcher…

On me l’a dit et répété: ne pas respirer avec le haut du torse, mais «descendre» la respiration depuis la poitrine jusque dans le ventre De plus, une certaine vision du corps nous incite à inspirer en bombant le torse et en rentant le ventre; du coup, en expirant, on a tendance à dégonfler le torse et, du coup, relâcher le ventre qui s’affaisse et part en avant. Alors que ce devrait être l’inverse: l’inspir ventral pousse le nombril en avant sans soulever la poitrine et l’expulsion de l’air se fait en rentrant le ventre. Bon. J’ai compris. Mais je n’y arrive pas forcément. Et puis ce matin, j’ai tout à coup découvert quelque chose.

vivre sans majuscule

(Chronique d’un creux de vague) Peiner, souffrir, ne pas avoir envie, avoir mal, désespérer, être indifférent à tout, me sentir nul, pas à la hauteur, inapte, avoir envie de ne pas être… rien de tout cela ne me dispense de vivre. Peut-être même que, dans ces situations, dans ces ambiances intérieures, vivre – m’efforcer de vivre – est-il ma seule option… raisonnable. Mais qu’est-ce que “vivre”?

Marcher…

(à lire tranquillement, en respirant profondément…) Marcher… Me taire, poser sans précipitation un pied devant l’autre, avancer pas à pas, au rythme qui est le mien… Oublier la distance qui me sépare du but, juste être là, présent au pas que je suis en train de faire, et préparant du regard le suivant…