Sexe, genre et compétition

Oui, je sais: je t’avais promis un article tous les 3 du mois, et plus si affinités. Or nous sommes le 1.

Et bien ne crains rien, il y aura bien un article le 3, il est déjà prêt, relu, programmé.

Mais aujourd’hui, j’ai lu sur le site de l’excellent journal Le Courrier un article très intéressant, qui questionne la problématique du genre dans le sport. Et j’ai réalisé à quel point je vis dans une période charnière. Bon. Faut dire que, étant donné la vitesse à laquelle notre monde évolue, j’ai un peu l’impression qu’il n’y a plus que ça: des périodes charnières. Bientôt plus le temps de souffler entre deux gonds. Mais tel n’est pas mon propos.

Dans le monde où je suis né, les choses étaient claires. Il y avait:

  • les hommes et les femmes,
  • les gentils et les méchants,
  • les noirs et les blancs,
  • les handicapés et les normaux,
  • tout ça.

Je caricature un peu, mais tout de même.

Bien sûr, il y avait le fait que les méchants pouvaient devenir gentils s’ils demandaient pardon à Jésus. Bien sûr, il y avait des métis, puisque les noirs et les blancs pouvaient faire des enfants ensemble. Bien sûr, il y avait des degrés dans le handicap et certains handicapés pouvaient tout de même avoir une vie “normale” ou presque.

Bien sûr.

Mais au moins, pour les hommes et les femmes, on était sûr. Les hommes qui avaient des cheveux longs, les femmes qui avaient des cheveux courts, ça ne changeait rien: un homme était un homme et une femme était une femme.

Petit à petit, j’ai découvert que non, c’est pas comme ça. Y a des noirs clairs et des blancs foncés, y a des gentils qui font des méchancetés et des méchants qui ont du cœur.

Là où cela s’est un peu compliqué pour moi, c’est quand on m’a dit qu’y avait des personnes qui ne se sentaient ni homme ni femme, ou alors les deux… bref: qui ne se reconnaissaient pas dans la binarité. Des personnes non binaires (par chance, binaire est grammaticalement unisexe! Sinon, tu vois le problème?).

Ça m’a pris un peu de temps, mais je crois que j’ai à présent basculé: si j’ai peut-être encore du mal à comprendre complètement, cela ne me choque plus, ne me gêne plus; cela est devenu une nouvelle façon de percevoir le monde, une façon que je veux faire mienne, même s’il arrive — parfois — que cela me complique un peu les choses. Mais je ne peux que me réjouis d’avoir perdu quelques œillères et de progresser dans mes facultés d’acceptation de la complexité du monde en général et de la personne humaine en particulier.

~ ~ ~

Il en est d’autres à qui cette réalité pose problème: ce sont les milieux sportifs. Et l’article évoqué plus haut en rend compte de manière très complète. En gros, le point de départ est celui évoqué dans le chapeau de l’article:

“De plus en plus de femmes trans* jouent dans les équipes sportives féminines. Et posent des questions sur la juste évaluation des performances. Éclairage socio-historique”.

L’article remarque très justement que, s’il en est pour qui la participation de femmes trans pose problème…

“Le taux de testostérone est perçu comme un «avantage naturel» qu’elles ne pourront jamais développer. Mais selon Solène Froidevaux, doctorante en études genre et en sport à l’université de Lausanne, aucune étude ne prouve le lien entre production hormonale et performance.”

…on entend moins souvent évoquer le problème que pourrait alors poser la participation d’hommes trans:

“Et les hommes trans* alors? Silence médiatique. Ils semblent bénéficier de la sympathie des autres participants et des institutions sportives. Le consensus de Stockholm ne prévoit d’ailleurs aucune restriction ou mécanisme de contrôle à leur encontre. Pour une raison simple: ils ne gagnent pas. Pour Solène Froidevaux, «en restant en bas du classement, ils confirment la bipartition de genre». Leurs performances valident la croyance sociale selon laquelle les hommes sont toujours supérieurs physiquement aux femmes.”

C’est moi qui ai mis en gras ces mots. Parce qu’ils m’ont frappé. Parce que j’ai le sentiment qu’ils posent une question centrale.

Ô Toikimeli, je te propose de prendre le temps de lire cet article, qui est en libre accès sur le site du journal et dont les références complètes se trouvent en fin de ce billet (mais tu peux aussi cliquer ici).

À tout de suite.

~ ~ ~

Ça y est? OK, continuons.

Et bien je ne sais pas ce que tu en penses, et je t’invite d’ailleurs à le partager dans les commentaires, mais quant à moi, voici ce qui m’habitait au moment où j’ai achevé la lecture de cet article:

Finalement, le fait de vouloir catégoriser les sportif·ve·s en deux groupes (hommes/femmes) ou plus (je te laisse imaginer la liste…) ne changera pas grand-chose: nous réaliserons que, au final, vouloir classer les gens en raison de leurs performances posera toujours le problème suivant: certain·e·s son favorisé·e·s par un élément ou l’autre de leur constitution, de leur histoire, de la direction du vent, de l’âge du capitaine, je ne sais… Du coup, il faudra encore subdiviser… C’est sans fin.

À mon sens, cet article interroge non seulement la question du genre, mais également — et finalement — le concept même de compétition.

Plus ça va, plus je trouve que la compétition, c’est caca. Supprimer la compétition, ce serait un bon moyen de résoudre certains problèmes, dont celui évoqué dans l’article du Courrier.

Et je ne peux que me rappeler ce dont j’ai entendu parler il y a quelques années à propos d’un pays ou d’une région, en Afrique (je crois): dans un match de football, chaque fois qu’un but est marqué, le joueur qui en est l’auteur continue… le match dans l’équipe adverse!

C’est pas beau, ça?

Ainsi, le jeu redevient un jeu!

Non?


Le corps de la victoire
par Xenia Villiers
in Le Courrier, publié en ligne le dimanche 30 juin 2019
et dans l’édition papier du lundi 1er juillet

2 commentaires sur “Sexe, genre et compétition

  1. Quel vaste sujet… Dans ma vie professionnelle, très liée à la télé, au cinéma, au théâtre, j’ai croisé des artistes de toutes les disciplines. C’est un milieu où les mœurs sont très libres depuis longtemps. J’ai donc connus et fréquenté sans discrimination des L, des G, des B et même quelques T. Mais je viens de découvrir (et je suis donc sans doute has been) les Q. Ces Queer, pour mal définis qu’ils sont, représentent, paraît-il et si j’ai bien compris, tout ceux qui ne sont ni hétéro, ni LGBT. Mais alors, que (qui) sont-ils ? À quelle équipe de foot faut-il les intégrer ? Y aura-t-il bientôt une coupe du monde de foot Queer ?

    Ah ! ben, oui, supprimons les compétitions… Mais, les milliards qui vont avec, qu’est-ce qu’ils deviennent ? C’est pas le sport qui rapporte, c’est la compétition sportive ! Et la compétition n’est pas seulement sportive, elle est partout, de la caverne jusqu’au HLM, de la cour de récréation jusqu’au conseil d’administration ; et même jusqu’au cimetière ! Pour réussir sa vie il faut être un compétiteur, il faut sans cesse se battre pour tenter d’être le meilleur.
    On n’a pas fini d’en parler, de ce vaste sujet.

    1. Hello Daniel!

      Tu écris: “Mais, les milliards qui vont avec, qu’est-ce qu’ils deviennent ?” S’ils ne savent pas qu’en faire, je veux bien m’en occuper!

      Plus sérieusement, je suis bien d’accord. Supprimer la compétition d’un coup, comme ça, serait un gros manque à gagner pour beaucoup (mais aussi un manque à perdre pour d’autre!). Aussi je ne pense bien entendu pas qu’il faille le faire d’un coup. Mais si on trouvait moyen d’évoluer vers un système moins compétitif, y compris dans le sport, ce serait certainement un gros progrès pour l’humanité.

      Mais bon… de là à croire que c’est possible… enfin, possible oui, certainement. Mais cela va-t-il arriver? En sommes-nous capables? À défaut d’y croire, il m’arrive d’espérer…

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